Et pourtant, il considérait son œuvre comme comme il l'écrit dans la préface du Collier d'Or :
Le patois disparaît; demain, dans nos Vosges mêmes son dernier refuge, il ne sera plus qu’un souvenir. En écrivant ce petit livre j’ai eu en vue, moins de faire oeuvre littéraire, que de rappeler aux générations oublieuses.
Un autre désir m’a guidé. Jusqu’alors on ne s’en était guère servi que pour écrire des gaudrioles. J’ai tâché de montrer qu’il pouvait se plier à d’autres genres. S’il se prête moins bien que le français à toutes les formes de pensée, c’est qu’il n’a pas été cultivé. C’est un sauvageon négligé qui, devenu vieux, meurt sans avoir rien produit.
Aussi, j’ai été obligé de créer pour ainsi dire de toutes pièces orthographe et syntaxe.
En outre la Muse, peu habituée à s’exprimer par un organe aussi rude et présentant si peu de ressources, devait tout naturellement se rebeller. Les équivalents manquaient souvent aussi pour la traduction, et il eût fallu un talent que je ne me reconnais point, pour présenter au moins en français, une œuvre passable.
On ne prête qu’aux riches et le patois est un pauvre. L’amour qu’un auteur si mal outillé a gardé pour le langage maternel, ne pouvait malheureusement faire oublier cette tare. Aussi je ne me fais nulle illusion sur le succès d’une tentative, que je crois unique. Je m’estimerai assez heureux si j’ai pu seulement sauver quelques débris d’un dialecte qui pendant de longs siècles traduisit la pensée trop souvent douloureuse de nos aïeux.